Collections
(en construction)
Je collectionne. Encore et encore. Et si j’ai longtemps prétendu (comme pour me justifier) recycler la plupart de mes (200) collections dans mon travail d’artistique, je me rends compte à l’instant d’écrire ces quelques lignes, qu’il s’agit moins d’une reconversion que d‘un engagement. En fait je ne collectionne pas, je pratique la collection. Comme on le fait pour la photographie ou la natation synchronisée. Une position qui à travers le rituel, la répétition, la surprise, produit de la forme et du sens (le plus souvent imprévisibles), ainsi que les critères pour les évaluer.
Collectionner les proportions ou le mot faux dans les titres de la presse écrite n’a d’autre intérêt que de faire ce que personne ne vous demande de faire. Traquer le mot tuberculeux dans les journaux, c’est collectionner des apparitions. Ne s’intéresser qu’aux soldats de plomb blessés ou morts, c’est retourner l’héroïsme et la virilité du jouet contre son propre camp. Retailler dans le bois et à l’identique les gourdins jouets, c’est déplacer les enjeux de la grotte au musée en passant par le magasin de farces et attrapes.
Au-delà de l'intérêt pour la série et la potentialité des objets à s'y inscrire, l'idée a toujours été pour moi de collectionner ce qui ne se collectionne pas. Dans tous ces cas de figure, c’est la radicalité investie qui transforme le geste en performance.
Collectionner sans relâche fait de moi un artiste.
Ramener ces collections sur le terrain de l’art, c’est l’être encore et encore.
Il y a quelques années, les éditions Lustre ont produit un très bel objet en dressant la cartographie, sous forme d'une partition destinée à accompagner une performance sur le sujet. Une nomenclature qui, ici, va me servir de guide.


Soldats blessés ou morts.
Je collectionne les soldats de plomb, mais uniquement ceux qui sont blessés ou morts, ainsi que les infirmières et les médecins militaires. C’est absolument anti-héroïque comme collection.
Mon arrière-grand-père lui était un vrai héros. Il est mort sur l’Yser en criant : «Vous allez voir comment un d’Oultremont sait mourir !» L’illustration de son fait d’armes était la seule image en couleur dans mon manuel d’Histoire en 6e primaire. À l’époque, ça me flanquait la trouille, car je pensais que toutes les personnes s’appelant d’Oultremont devaient mourir de cette façon ( 142 pièces à ce jour).
C'est une collection que mon ami Yves Depelsenaire utilisa pour la couverture de son essai "L'Envers du décor" et que j'ai intégrée dans mon installation dans l'exposition "Encore et encore" à la Maison des Arts en 2024.


Au fil des déménagements, des changements de codes postaux, des erreurs d’écriture, les vœux et les invitations me sont revenus, enfin certains... Comme j’archive tout, il n’y avait aucune raison qu’ils échappent à mon obsession de la collection. Depuis vingt ans je conserve donc tous les retours du courrier liés au monde de l’art, un corpus qui, mis en œuvre, s'apparente à un "carnet de maladresses" .
J'ai présenté cette collection (205ex.) lors de l'exposition Time Elapsed organisée par Pierre-Philippe Haufmans à l'Imprimerie de la Banque Nationale. Bien que la sélection proposée à cette occasion n’ait rien d’exhaustif, elle témoignait au moins du bon fonctionnement des services postaux.
* Une pièce qui, à l'occasion de cette exposition, est entrée dans la collection de Christophe Veys.
Retours du courrier


En 2014, j'ai produit une édition qui, sous le titre de "Olivier Foulon est une erreur", rassemblait une centaine de fac-similés de ces enveloppes.
Matraques
Impossible de me rappeler des circonstances dans lesquelles j'ai entamé cette collection. Sans doute au début des années 2000.
Je pense être comme beaucoup, aussi tétanisé que fasciné par la façon dont la violence s'incarne dans des objets, des mots, des habitudes. Je travaille sur les gourdins, je collectionne les matraques, et je ne me suis jamais battu de ma vie. Au-delà de leur caractère éminemment érotique, il y a dans la matraque (dans la sonorité de son nom comme dans son poids ou dans sa forme minimale, une économie de moyens redoutable. Quand je les achète sur les brocantes, le vendeur (rarement la vendeuse) semble devoir se justifier, invoquant gêné, un lointain cousin ou un voisin gendarme qui la lui a confiée. Seule exception à la règle, quand la matraque est d'origine anglaise, un peu comme s'il y avait quelque chose de vaguement romantique à imaginer le Toby à qui elle a appartenu.
IQuelque chose d'éminemment belge aussi, dans cette collection dont la plupart des pièces (une quarantaine à ce jour) semblent toutes droites sorties des albums de Quick et Flupke.
J'ai intégré cette collection dans la pièce que j'ai présentée lors de l'exposition Time Elapsed en 2023.


Pulp fiction : couvertures avec scène d'atelier



Le texte de Pierre Leguillon accompagnait la présentation de cette collection dans le cadre de l'exposition "Inflammable Caveman Club" à Saint Martin Bookshop (Bruxelles) en 2022.